Transmission des images couleurs : Procédés PAL
et SECAM
I – Procédé PAL
Nous savons qu’un accident
peut survenir à la phase d’un signal au cours de sa propagation. Et de tels
accidents arrivent même très souvent. On dit que le signal a subi une rotation
de phase.
Supposons que la
transmission de l’image télévisée corresponde à un jaune orangé. La phase du
signal couleurs est alors de l’ordre de 150°.
Si un accident survient à
ce signal et fait tourner la phase de 90° par exemple, la couleur va virer au
vert, ce qui est tout à fait regrettable.
Or, le système NTSC y est
très sensible. Des mauvaises langues américaines ont même surnommé ce procédé
Never Twice The Same Color, ce qui signifie en français : jamais deux fois
la même couleur.
Dans le système PAL, on
conserve la transmission complète de la chrominance à chaque ligne, mais
puisque cette information ne diffère pas de manière sensible pour deux lignes
successives, on utilise la comparaison entre les informations de deux lignes
successives pour corriger les erreurs de transmission.
Il faut donc deux lignes
successives pour disposer d’une information de couleur complète et correcte.
A)
Principe
Le procédé PAL (Phase
Alternation Line), ce qui peut se traduire par le signal à phase inversée à
chaque ligne, mis au point par Téléfunken et présenté en 1963, a plusieurs
points communs avec le système NTSC :
Les trois couleurs primaires R, G et
B sont les mêmes que dans le système NTSC.
Les signaux primaires corrigés en
gamma R’, G’ et B’ sont identiques à ceux du NTSC.
On retrouve également le même signal
de luminance Y’ = 0,3 R’ + 0,59 G’ + 0,11 B’.
Les signaux différences de couleurs
R’ – Y’ et B’ – Y’ sont les mêmes que ceux du NTSC.
Ici s’arrêtent les
identités.
Les deux signaux qui
modulent les deux sous porteuses doivent subir une compression d’amplitude pour
les mêmes raisons que dans le système NTSC. Ces deux signaux modulant sont
appelés E’ U et E’ V. Le signal E’ V et le signal R’ – Y’ compressé et le
signal E’ U est le signal B’ – Y’ compressé.
Les deux signaux E’ V et
E’ U sont donnés par les relations suivantes :
E’ V = 0,877 (R’ – Y’) E’ U = 0,493 (B’ –
Y’)
Les deux signaux de
chrominance E’ V et E’ U modulent en amplitude avec suppression de porteuse, la
sous porteuse de chrominance comme dans le système NTSC.
Ceci revient à moduler la
sous porteuse avec un signal unique représenté par le vecteur
(figure 1) .
Comme pour le système
NTSC, l’amplitude du signal modulant correspond à la saturation de la couleur
et est égal à :
= ![]()
La phase
du signal modulant représente la teinte de la
couleur et se déduit de la relation :
ty
= ![]()
Pour chaque couleur de la
mire de barre, on peut calculer le module et l’argument du vecteur
. En prenant des couleurs saturées à 75%, on
obtient les valeurs portées dans la (figure 2) .
1)
Représentation d’une erreur de teinte en NTSC.
Supposons que l’émetteur
envoie un jaune quelconque représenté par le vecteur
(figure 3 a) . Nous
savons que les deux composantes du vecteur
sont référencées dans le système d’axes I’ et
Q’.
La phase de
qui est de 167° dans le système d’axes R’ –
Y’, B’ – Y’ devient donc 167° - 33° = 134° dans le système d’axes I’, Q’.
Ainsi, nous pouvons connaître les composantes de
égale à 0,3 correspondant à un jaune presque
saturé.
0I’ = 0,3 x sin 134° = 0,216
0Q’ = 0,3 x cos 134° = - 0,208
0I’ est positif et vaut
0,216 0Q’ est négatif et vaut –
0,208
Telles sont les
composantes du signal 0J que doit démoduler le récepteur.
Supposons que les aléas de
la transmission provoquent un retard de phase d’une soixantaine de degrés.
La (figure
3 b) représente le signal qui parvient au récepteur. On s’aperçoit que la
phase du signal est de 107° mais que l’amplitude n’a pas changé ; il y a
en effet aucune raison pour que celle-ci varie. On aura donc une teinte qui va
se situer maintenant dans le rouge avec la même saturation.
Mais le récepteur va
fournir en démodulant ce signal :
Une composante 0I’ = 0,3 sin 74° =
0,288
Une composante 0Q’ = 0,3 cos 74° =
0,083
A l’émission 0I’ valait
0,216, il vaut 0,288 à la réception et 0Q’ de – 0,208 est devenu 0,083.
On est passé d’un jaune
presque saturé à un rouge très légèrement orangé presque saturé.
Cette variation de teinte
due à la rotation de phase en cours de transmission est très gênante. Or, le
procédé PAL permet de s’affranchir de cet inconvénient majeur.
2)
Mode de transmission des signaux de chrominance en PAL
Les signaux de chrominance
E’ U et E’ V sont transmis simultanément en inversant la phase du signal E’ U à
chaque ligne. Le signal E’ V conserve la même phase.
La (figure
4) représente la transmission d’un signal de chrominance quelconque sur
plusieurs lignes.
Considérons la ligne n-1.
le signal E’ U a une phase de 0° et le signal E’ V de 90°. Le signal résultant
représenté par le vecteur
vaut :
tg
=
d’où
0A =
d’où 0A
Le signal émis à la ligne
n-1 a une amplitude 0A et une phase
.
Considérons la ligne n. Le
signal E’ U a une phase de 0° et le signal E’ V une phase de 270° : il
faut donc – E’ V. Déterminons le signal résultant représenté par le vecteur
:
tg
=
l’angle vaut - ![]()
0A =
=
0A a gardé la même amplitude.
A la ligne n + 1, on
retrouve la même configuration qu’à la ligne n – 1 et celui transmis à la ligne
n, on constate :
Qu’ils ont tous deux même amplitude.
Qu’à la ligne n – 1, la phase est de
+ ![]()
Qu’à la ligne n, la phase est de - ![]()
Voyons sur plusieurs
trames la périodicité de la phase du signal de chrominance à l’aide du tableau
de la (figure 5) .
A la première ligne de la
1ére trame de la première image, la phase est de +
,
à la ligne suivante, la phase est de -
,
etc. … Pour cette 1ére trame, on a donc +
pour les lignes impaires et -
pour les lignes paires.
A la seconde trames de la
première image, la ligne 314 a une phase -
,
la lignes 315 une phase +
.
Pour cette seconde trame, les lignes paires ont une phase de -
et les lignes impaires une phase +
.
En observant le tableau de
la (figure 5) , on s’aperçoit qu’il faut attendre la
troisième image pour retrouver la même configuration.
Le cycle complet
d’inversions de phase dure donc quatre trames que l’on peut résumer
ainsi :
Trame 1 : lignes impaires +![]()
lignes paires - ![]()
Trame 2 : lignes impaires + ![]()
lignes paires - ![]()
Trame 3 : lignes impaires - ![]()
lignes paires + ![]()
Trame 4 : lignes impaires - ![]()
lignes paires + ![]()
Maintenant que nous
connaissons le principe de codage PAL, voyons comment ce système annule les
erreurs de phase du signal transmis.
B)
Principe de compensation de l’erreur de phase
Voyons d’abord ce qui se
passe dans le cas où le signal transmis ne subit aucune rotation de phase, soit
à transmettre un jaune presque saturé.
A la ligne n, l’émetteur
transmet le signal représenté à la (figure 6 a) par un
vecteur de module 0,3 et d’angle
= 167°.
Nous avons vu qu’en PAL,
on transmet l’information de chrominance avec l’inversion de la phase de la
composante E’ V à chaque ligne.
A la ligne n + 1,
l’émetteur transmet donc le signal représenté sur la (figure
6 b) par un vecteur de module 0,3 et un angle de – 167° = 193°.
Puisque le signal ne subit
aucune altération de phase, le récepteur reçoit exactement ces signaux.
A la ligne n, le récepteur
mémorise le signal reçu. A la ligne n + 1, il inverse le signal afin de
retrouver la phase originale avant le codage et l’ajoute au signal mémorisé à
la ligne n. On obtient donc un signal représenté par le vecteur
de la (figure 6 c) .
On s’aperçoit que le signal
obtenu a bien la même phase que le signal émis mais son amplitude est double.
Il faut donc diminuer de moitié cette amplitude afin de retrouver l’amplitude
du signal émis.
Nous allons maintenant
voir ce qui se passe lorsque le signal subit une rotation de phase.
Nous allons reprendre
l’exemple de la transmission de ce jaune presque saturé qui, à la suite d’une
erreur de phase de 60°, aboutissait à restituer un rouge au niveau du récepteur
avec le procédé NTSC.
Donc, soit à transmettre ce
jaune d’amplitude 0,3 et de phase 167°. Admettons que le signal arrive au
récepteur avec un retard de 60°.
La (figure
7) représente le signal de chrominance qui arrive alors au récepteur.
A la ligne n, le signal
arrive avec un retard de 60°, sa phase vaut donc 167° - 60° = 107° (figure 7 a) .
A la ligne n + 1, le
signal arrivant avec un retard de 60° également, sa phase vaut 193° - 60° =
133° (figure 7 b) .
Tout se passe maintenant
au niveau du décodage que nous verrons dans un prochain chapitre.
Néanmoins, nous allons
voir comment on arrive au niveau du récepteur à retrouver la phase réelle du
signal transmis par l’émetteur.
Le signal de chrominance
de la ligne n(phase 107°, amplitude 0,3) est mémorisé. Quand le signal de
chrominance de la ligne n + 1 arrive (phase 133°, amplitude 0,3), sa composante
E’ V subit une inversion de phase. On revient ainsi à la phase du signal E’ V
que celui-ci avait avant inversion au codage.
Le signal de chrominance
de la ligne n + 1 devient alors dans le récepteur un signal de phase – 133° =
227° et d’amplitude 0,3. Puis le signal de la ligne n représenté par le vecteur
de phase 107° et d’amplitude 0,3, et le signal
de la ligne n + 1 représenté par le vecteur
de phase 227° et d’amplitude 0,3 sont ajoutés
ainsi que le représente la (figure 8) .
L’addition des deux
vecteurs
et
s’effectue comme le représente cette figure.
On remarque que l’on obtient un losange dont la diagonale 0J est le vecteur
résultant de l’addition de deux vecteurs
et
.
Voyons qu’elle est la phase du vecteur résultant
.
Rappelons que la diagonale
d’un losange est également la bissectrice de l’angle formé par les deux côtés
concernés.
Or, cet angle vaut 227° -
107° = 120°. L’angle
vaut donc
= 60°. L’angle du vecteur
représentant la phase du signal de chrominance
résultant vaut 107° + 60° = 167°.
On constate que l’on
retrouve la phase de 167° du signal jaune qui avait été émis, malgré l’erreur
de phase due à la transmission.
Voyons maintenant son
amplitude : l’amplitude du signal de chrominance est en réalité
représentée par le vecteur
égal à la longueur de la diagonale du losange.
Ce vecteur a pour module :
= 2 x 0J1 cos ![]()
= 2 x 0,3 cos 60° = 2 x 0,3 x
0,5 = 0,3
Le décodeur PAL divisant
par deux cette valeur, comme nous l’avons vu, on obtient un vecteur de longueur
égale à 0,15.
On constate donc que
contrairement à la phase, l’amplitude du signal n’est pas respectée.
En effet, lorsqu’il y a
erreur de phase, l’amplitude du signal restitué est égale à l’amplitude du
signal émis multiplié par le cosinus de l’angle d’erreur de phase (ici cos 60°
= 0,5). On voit donc que plus l’erreur de phase (comprise entre 0 et 90°) est
importante, plus l’amplitude du signal restitué est faible.
Le maximum de différence
d’amplitude est atteint pour les valeurs d’erreurs de phases voisines de 90° ou
de 270°. L’écart est moindre pour les angles voisins de 0° ou de 180°.
Dans notre exemple, le
signal restitué a une phase de 167° et une amplitude de 0,15. On a émis un
jaune presque saturé, on reçoit le même jaune mais cette fois ci peu saturé.
En conclusion, l’erreur de
phase en PAL diminue la saturation de la couleur. C’est un inconvénient mais
beaucoup moins gênant qu’en NTSC où une erreur de phase fait changer
complètement de couleur. De plus, on s’aperçoit en consultant une table de
trigonométrie que la diminution de la saturation ne devient jamais sensible
qu’à partir d’une erreur de phase supérieure à 40°, ce qui est déjà important
et relativement rare.
Nous avons fait toute la
démonstration en transmettant la même information chrominance. Or, une image
n’est pas uniformément rouge, verte ou bleue.
Or, il faut deux lignes
consécutives pour retrouver le signal chrominance émis. On postule que sur une
image, le signal chrominance varie peu d’une ligne à l’autre, ce qui permet
d’effectuer l’opération que nous avons décrite.
Nous avons vu que l’on
transmet des signaux avec une phase
d’une part, et que l’on inverse au niveau du
récepteur la phase de la composante E’ V une ligne sur deux, d’autre part.
Comment le récepteur arrive t’il à déterminer la phase de tel signal et à
inverser la phase de E’ V à la bonne ligne ? C’est ce que nous allons
examiner à présent.
C)
Salves de sous porteuse ou Color Burst
Il est indispensable que
le récepteur ait une référence de phase pour démoduler les signaux de
chrominance qui lui parviennent avec une phase qui est fonction de la teinte
transmise.
Cette référence de phase
est fournie à chaque ligne pendant l’intervalle de suppression ligne sous la
forme d’une série de dix périodes de sous porteuse. La (figure
9) situe la salve de sous porteuse dans l’intervalle de suppression ligne.
La salve de sous porteuse
constituée de périodes est transmise pendant 2,25
s.
Elle débute 5,6
s
après le début du top ligne.
En prenant pour référence
le blanc à 100%, l’amplitude B de la salve est de 45 – 15 = 30%.
L’amplitude A maximum de la
vidéo étant de 70%, l’amplitude B de la salve vaut donc B =
A.
Voyons maintenant qu’elle
est la phase de la salve en fonction de la phase de la composante E’ V qui,
rappelons le, s’inverse à chaque ligne.
Pour les lignes où la
phase de E’ V est de + 90°, la phase de la salve vaut 135° (figure
10 a) .
Pour les lignes où la
phase de E’ V est de + 270°, la phase de la salve vaut 225° (figure
10 b) .
Ceci permet d’une part, au
récepteur de connaître la phase de la composante E’ V et ensuite d’avoir la
référence de phase de la sous porteuse afin de pouvoir démoduler le signal de
chrominance transmis.
Nous venons de voir la
salve de la sous porteuse. Or, cette salve qui comprend une dizaine de périodes
de sous porteuse, nous renseigne sur la fréquence de la sous porteuse que nous
n’avons pas encore vue. En effet, puisque dix périodes durent 2,25
s,
une période dure 0,225
s,
la fréquence de la sous porteuse vaut approximativement
= 4,44 MHz.
D)
Choix de la fréquence de la sous porteuse PAL
La fréquence de la sous
porteuse, tout comme dans le procédé NTSC, est telle qu’elle perturbe le moins
possible le signal vidéo. En conséquence, elle se situe aux alentours de 4 MHz
pour les raisons que nous avons vues dans le NTSC .
Il faut de plus faire en
sorte que la compatibilité soit bonne pour les téléviseurs noir et blanc.
Dans le procédé NTSC, la
fréquence de la sous porteuse qui est égale à un multiple entier impair de la
demi fréquence ligne permet, comme nous l’avons vu, grâce au fait qu’il y a un
nombre impair de lignes par image, un entrelacement qui confère à la sous
porteuse un minimum de visibilité.
Dans le procédé PAL, le
fait d’inverser la phase de sous porteuse, une ligne sur deux rend celle-ci
très visible sur l’écran si l’on conserve la même fréquence qu’en NTSC. On
obtient plus l’entrelacement des points brillants mais cette fois, un
alignement qui est très visible et qui se traduit par des colonnes verticales
alternativement claires et sombres.
En choisissant la
fréquence de la sous porteuse égale à un multiple entier impair du quart de la
fréquence ligne, on obtient un entrelacement uniforme sur toutes les trames, ce
qui est déjà moins visible. Mais ceci provoque encore un scintillement désagréable.
Il faut donc réaliser un entrelacement à chaque trame afin que les points
brillants d’une trame fassent place aux points sombres de la trame suivante.
La sous fréquence de la
sous porteuse répondant le mieux à cette exigence est calculée ainsi :
= (n – 0,25)
+ 0,5 ![]()
= (284 – 0,25)
15 625 + 25 = 4,43 361 875 MHz
où n = 284
= 15 625 Hz
= 50 Hz.
E)
Spectre d’un canal PAL
Le spectre dépend du
standard utilisé. Nous n’examinerons que le standard BG utilisé en Europe et le
standard I utilisé en Angleterre.
1)
Spectre d’un canal PAL en standard BG
La (figure
11) représente l’allure du spectre d’un canal PAL en standard BG.
En standard B et G,
l’écart entre porteuses son et image est de 5,5 MHz. Ainsi, avec la sous porteuse
de chrominance à 4,4 MHz, le spectre chrominance ne peut être que dissymétrique
tout comme en NTSC. Il s’étend à 1,3 MHz pour la bande latérale inférieure et à
0,57 MHz pour la bande latérale supérieure.
On doit bien sur prévoir
cela au niveau du codage en disposant des circuits de réduction du spectre dans
le codeur PAL (figure 13) .
On remarquera le circuit
de fabrication des salves de référence. Une porte ET reçoit à la fois la
porteuse issue de l’oscillateur 4,43 361 875 MHz et un signal à la
fréquence ligne déterminant la durée de transmission des salves.
A la sortie de cette
porte, on obtient donc des salves qu’il ne reste plus qu’à déphaser de 135° ou
225° selon les lignes, cet aiguillage est réalisé par un commutateur
électronique piloté par le générateur de synchronisation ligne.
II – Historique du système SECAM
Dans les années 50, la
télévision couleurs apparut aux Etats-Unis avec le système NTSC qui se révéla
être un succès technique et commercial. Dans le même temps, on commençait en
France à effectuer des recherches sur un système de télévision en couleurs en
vue d’implanter une chaîne couleur. Or, à cette époque, il n’y avait qu’une
seule chaîne en 819 lignes. Il a donc été procédé à des travaux sur un système
en 819 lignes utilisant les principe du NTSC et un système séquentiel simultané
avec une sous porteuse chrominance située entre 7,6 et 8 MHz. Ces travaux n’ont
réellement commencé qu’à partir de 1957. Il faut, d’autre part, préciser que
ces travaux reposent sur des travaux antérieurs menés par Monsieur Henry de
France, sur la télévision en couleurs. En effet, il s’aperçut qu’une réduction
de moitié de la définition verticale de l’information couleur n’affectait
pratiquement pas la qualité de l’image. En exploitant cet avantage indéniable
de moindre quantité d’informations à transmettre, il imagina de transmettre les
informations rouges et bleues non pas de façon simultanée comme dans le procédé
NTSC mais de façon séquentielle.
Ainsi, la ligne n transmettrait
l’information rouge, la ligne n + 1, l’information bleue puis la ligne n + 2,
l’information rouge et ainsi de suite. Or, pour reconstituer l’information
verte à partir des deux primaires rouge et bleue et de l’information de
luminance comme dans le système NTSC, il manque toujours une des deux
primaires. Or, Monsieur Henry de France imagina de stocker dans une ligne à
retard pendant une ligne, l’information rouge puis bleue, ainsi, à chaque
ligne, on dispose bien des deux primaires, une transmise directement et
correspondant à la ligne présente et l’autre arrivant de la ligne à retard et
correspondant à la ligne précédente.
De ces travaux allait
naître le système SEquentiel Couleurs A Mémoire appelé procédé SECAM.
En 1959, il est décidé de
créer une deuxième chaîne noir et blanc utilisant les bandes IV et V
fonctionnant en standard 625 lignes. A partir de cette date, on se met à
étudier le système SECAM pour ce standard 625 lignes, ce qui a l’avantage de
simplifier le problème notamment au niveau du nombre d’informations à
transmettre et par là même, de la largeur du spectre des signaux de couleur.
Ces études débouchent en
1961 sur la présentation du procédé SECAM I qui est alors définitivement figé
dans ses principes fondamentaux.
A partir de cette date, il
va être procédé à des modifications mineures visant à améliorer d’une part la
qualité des images transmises et d’autre part, la compatibilité. Ainsi sera
alors mis au point le procédé SECAM II puis le procédé SECAM III qui fut
présenté à l’Assemblée Générale du CCIR qui fut tenue à Vienne en 1965.
Au SECAM III devait
succéder ensuite le SECAM III A puis le SECAM III B, à la suite de modification
visant à optimaliser ce procédé, ce système SECAM III B allait être mis en
service en juin 1967.
III – Principe général du procédé SECAM
A l’instar des procédés
NTSC et PAL que nous avons examinés précédemment, le procédé SECAM est
également compatible. Il s’en suit que la condition de compatibilité implique
la transmission, d’une part, d’une information de luminance et d’autre part, de
la transmission d’une information de chrominance.
L’information de luminance
est constituée du signal E’ Y comme dans les procédés NTSC et PAL.
L’information de
chrominance est constituée des signaux E’ R – E’ Y et E’ B – E’ Y transmis
séquentiellement à la fréquence ligne. La transmission des signaux E’ R – E’ Y
et E’ B – E’ Y se fait à l’aide d’une sous porteuse modulée en fréquence et
contenue dans le spectre de la luminance comme le représente la (figure 14) .
A)
Elaboration du signal vidéo composite SECAM
La caméra couleur délivre
les trois signaux primaires E’ R, E’ G et E’ B issus des trois tubes analyseurs
et résultant de l’analyse trichrome de l’image.
Il va donc falloir coder,
c'est-à-dire élaborer à partir de ces trois signaux primaires, un signal vidéo
composite qui sera conforme aux normes du procédé SECAM.
Les trois signaux
primaires provenant de la caméra sont, d’une part appliqués à un circuit de
matriçage luminance qui délivre le signal E’ Y toujours égal à la somme
pondérée des trois primaires tel que :
E’ Y = 0,30 E’ R + 0,59 E’ G + 0,11 E’ B
Ainsi que nous l’avons
déjà vu dans le chapitre précédent. D’autre part, le signal de luminance E’ Y et
les signaux primaires E’ R et E’ B sont appliqués à un circuit de matriçage
chrominance qui délivre deux signaux E’ R – E’ Y et E’ B – E’ Y (figure 15) .
Nous sommes maintenant en
présence de deux voies. La voie de luminance et la voie de chrominance. La voie
de chrominance est constituée de deux lignes qui arrivent à des circuits
chargés d’effectuer des corrections et de moduler en fréquence une sous
porteuse. A la sortie de ces circuits, on retrouve les deux lignes qui appliquent
au commutateur électronique, les informations chrominance modulées en
fréquence.
A la sortie de ce
commutateur électronique ressort la sous porteuse de chrominance. Cette
dernière est ajoutée au signal de luminance E’ Y dans un sommateur qui délivre
le signal vidéo composite.
Maintenant que vous avez
une vue d’ensemble du codage SECAM, nous allons nous attacher à examiner très
en détail le codage, les problèmes posés et les solutions retenues qui ont
abouti du SECAM III B.
IV – Analyse de la voie de chrominance dans le codage
SECAM
Dans la voie de
chrominance, il y a lieu de distinguer trois étapes depuis les trois signaux
primaires délivrés par la caméra jusqu’à l’obtention de la sous porteuse
modulée :
L’élaboration du signal modulant
La modulation de la sous porteuse
La mise en forme de la sous porteuse
modulée
a)
Elaboration du signal modulant
Nous allons partir des
signaux R, G et B qui sont transmis pour constituer la mire de barres bien
connue (figure 16) . Les signaux primaires subissent
d’abord une correction de gamma et deviennent donc les signaux E’ R, E’ G et E’
B : ils sont représentés dans la (figure 16 b) .
Nous constatons en observant
cette figure, que ces trois signaux atteignent une amplitude de 100% uniquement
pour la barre blanche et seulement 75% pour les autres barres. Ceci provient du
fait que dans la nature, les couleurs ne sont jamais complètement saturées et
que la saturation maximum observée se situe aux alentours de 75%.
Nous avons vu dans le
paragraphe précédent que le signal modulant est constitué de la succession des
deux signaux différence rouge et bleu.
Une remarque s’impose ici.
En effet, pourquoi a-t-on choisi de ne pas transmettre le vert plutôt qu’une
autre primaire ?
Si nous observons la (figure 16) , nous voyons immédiatement que la durée non
partagée pendant laquelle le signal vert est à zéro est la plus importante par
rapport aux signaux rouge et bleu.
Ceci revient à dire que
l’amplitude du signal vert est à zéro d’une façon continue plus longtemps que
celle des autres signaux.
Or, plus l’amplitude d’un
signal est faible, plus ce signal est vulnérable au bruit. On constate donc que
c’est le signal vert qui est le plus vulnérable au bruit et c’est pourquoi on a
choisi de ne pas le transmettre afin d’améliorer l’immunité au bruit.
Ce sont donc les signaux
rouge et bleu qui sont transmis mais sous la forme différence d’avec le signal
luminance pour permettre la compatibilité du système.
On va donc, dans un
premier temps, fabriquer les signaux E’ R – E’ Y et E’ B – E’ Y au niveau du
matriçage chrominance (figure 15) .
La (figure
17) représente les signaux E’ Y, E’ B et le signal différence E’ B – E’ Y.
La (figure
18) représente de même, l’élaboration du signal E’ R – E’ Y.
Le signal E’ B – E’ Y
évolue entre les amplitudes extrêmes – 0,66 à + 0,66 et le signal E’ R – E’ Y
entre les amplitudes extrêmes – 0,52 à + 0,52. Tout ceci n’est pas homogène, en
effet, les trois signaux à transmettre E’ Y, E’ B – E’ Y et E’ R – E’ Y ont
trois amplitudes maximum différentes.
Il a donc été décidé de
transformer les signaux de chrominance afin que leur amplitude maximum atteigne
1 à l’instar du signal de luminance E’ Y. le signal E’ B – E’ Y devient le
signal D’B et le signal E’ R – E’ Y devient le signal D’R de telle sorte
que :
D’B =
(E’ B – E’ Y)
D’R =
(E’ R – E’ Y)
Quelle doit être la valeur
numérique de
et
afin de réaliser la condition d’égale
amplitude maximum évoquée plus haut ?
Pour le signal de
chrominance véhiculant l’information bleue, l’amplitude maximum atteinte par le
signal E’ B – E’ Y est de 0,6645, l’amplitude atteinte par le signal D’B doit
être égale à 1, on a donc
x 0,6645 = 1 d’où
=
= 1,5.
D’où : D’B = 1,5 (E’ B – E’ Y)
Pour le signal de chrominance
véhiculant l’information rouge, l’amplitude maximum atteinte par le signal E’ R
– E’ Y soit 0,5257. L’amplitude maximum atteinte par le signal D’R doit être de
1.
On a donc
x 0,5257 = 1 d’où
=
= 1,9
On affecte d’autre part le
coefficient 1,9 du signe – afin de réduire les défauts colorés par distorsion
de phase différentielle.
D’où : D’R = - 1,9 (E’ R – E’
Y)
Examinons pourquoi l’on a
affecté le coefficient 1,9 du signe – et par la même, ce qu’est la distorsion
par phase différentielle.
Nous avons vu que les
informations de chrominance sont transmises par l’intermédiaire d’une sous
porteuse modulée en fréquence par les signaux de différence de couleurs (D’B et
D’R). En conséquence, les circuits de décodage du récepteur sont donc sensibles
à la fréquence de la sous porteuse.
Or, lors d’une variation
brusque de luminance, les signaux D’B et D’R subissent également une brusque
transition.
Ceci entraîne au niveau de
la sous porteuse une modulation de phase qui provoque une erreur de teinte à la
réception, d’autant plus importante que la variation de luminance est plus
rapide.
Or, si l’on avait affecté
les coefficients
et
du même signe, les modulations de fréquence de
la sous porteuse par D’R et D’B iraient dans le même sens. Dans les transitions
de luminance, l’erreur de teinte due à la distorsion différentielle de phase
qui en résulterait irait du jaune verdâtre vers le mauve. Cette teinte est très
différente de la première et ce défaut serait particulièrement visible.
Avec la solution retenue,
c'est-à-dire
positif et
négatif, les modulations de fréquence de la
sous porteuse pour D’R et D’B vont dans le sens contraire. Dans les transitions
de luminance, l’erreur de teinte due à la distorsion différentielle de phase
qui en résulte va du rouge orangé vers le bleu cyan, ce qui est moins
perceptible par l’œil.
La (figure
19) représente le signal E’B – E’ Y et le signal D’B, tandis que la (figure 20) montre le signal E’ R – E’ Y et le signal D’R.
On remarque que les signaux E’ B – E’ Y et D’B ne diffèrent que par leur
amplitude alors que les signaux E’ R – E’ Y et D’R diffèrent non seulement par
leur amplitude mais aussi par leur phase qui est opposée. Ceci résulte du signe
– qui affecte le coefficient
.
Le tableau de la (figure 21) résume les valeurs que prennent les signaux que
nous venons d’examiner en fonction des différentes teintes de la mire de
barres. A ce stade, nous sommes en présence des signaux D’R et D’B. Nous avons
vu dans le chapitre précédent que la transmission des signaux de chrominance
s’effectuait d’une façon séquentielle à la fréquence ligne. Pour résumer tout
ceci, examinons le synoptique de la (figure 22) qui fait
le point de ce que nous savons.
Les trois signaux
primaires E’R, E’ G et E’B sont appliqués aux circuits de matriçage de
luminance et aux circuits de matriçage de chrominance : le signal E’ Y de
luminance élaboré est appliqué aux circuits de matriçage de chrominance qui
délivrent les signaux E’R – E’ Y et E’B – E’ Y.
Ces deux signaux subissent
une correction d’amplitude seule pour le signal E’B – E’ Y et une correction
d’amplitude et de phase pour le signal E’R – E’ Y. On obtient donc les signaux
D’R et D’B.
Nous avons donc obtenu les
signaux définitifs qui vont moduler la sous porteuse. Nous allons donc
maintenant nous attacher à examiner la modulation de la sous porteuse et passer
en revue les problèmes posés par une sous porteuse dans le spectre de la
luminance puis examiner les solutions qui permettent de résoudre ces problèmes.
B)
Modulation de la sous porteuse de chrominance
La bande passante des
signaux de chrominance qui s’étend de la composante continue (zéro) jusqu’à 1
MHz environ a présidé au choix de la modulation en fréquence de la sous
porteuse.
D’autre part, malgré la
faible probabilité de fortes transitions des signaux de chrominance, les
couleurs très saturées étant rares dans la nature, ceux-ci, comme tout signal
vidéo d’ailleurs doivent avoir un temps de réponse correct en régime
transitoire.
De plus, pour améliorer la
compatibilité, il faut avoir une sous porteuse dont l’amplitude est aussi
faible que possible afin de diminuer un moirage gênant. Mais une sous porteuse
de faible amplitude est vulnérable au bruit. Pour pallier à ces défauts, il est
nécessaire d’effectuer une mise en forme des signaux de chrominance.
1)
Mise en forme des signaux de chrominance
La mise en forme de la
sous porteuse modulée est un filtrage qui réduit l’amplitude des fréquences
centrales. La courbe de réponse du filtre est appelée anti cloche car son
homologue utilisé à la réception, qui a pour rôle de redonner à la sous
porteuse modulée la forme qu’elle avait avant la mise en forme à l’émission,
est un filtre dont la courbe de réponse est en forme de cloche.
Cette double opération
dont une partie a lieu à l’émission et l’autre à la réception rend ainsi la
caractéristique globale de la sous porteuse uniforme et est donc sans effet sur
la transmission des signaux de chrominance. Mais ceci a un avantage, c’est de
permettre la réduction du niveau de la sous porteuse tout en conservant une
protection efficace contre le bruit inhérent à la transmission.
Ce remède a un revers. En
effet,la mise enforme effectuée sur la sous porteuse modulée produit une
modulation d’amplitude de cette dernière et notamment une augmentation
d’amplitude lors des shifts importants. Si on laissait les choses en l’état, il
se produirait une détérioration notable de la compatibilité.
Pour éviter ce problème,
on effectue une mise en forme des signaux D’R et D’B en leur faisant subir une
préaccentuation, ce qui augmente l’amplitude relative des fréquences élevées.
La préaccentuation permet
ainsi de réduire les écarts de fréquence dus aux larges plages colorées et
partant la modulation d’amplitude indésirable qui en résulte. La (figure 23 a) représente les signaux D’R et D’B , la (figure 23 b) , les signaux D’R et D’B pré accentués et la (figure 23 c) , les signaux D’R et D’B pré accentués
limités.
On observe que l’amplitude
des signaux pré accentués est importante, il est donc nécessaire de limiter ces
signaux afin d’obtenir des signaux modulants qui ne provoquent pas de shifts
trop importants comme nous le verrons par la suite.
En conclusion de ce que
nous venons de voir, il faut retenir que ces deux mises en forme successives
apportent une protection efficace contre le bruit et les interférences et ceci
malgré le faible niveau de la sous porteuse nécessaire pour obtenir une
compatibilité satisfaisante.
2)
Choix de la fréquence de la sous porteuse
Dans les procédés SECAM I et
II, une seule et même sous porteuse était utilisée pour supporter les signaux
D’R et D’B.
Ceci présentait un
avantage indéniable de simplicité mais avait de nombreux inconvénients :
Un problème de compatibilité :
la sous porteuse était très visible.
Les transitions étaient mal
retransmises, l’expérience montre en effet, que les transitions sont plus
correctement retransmises si on décale légèrement les excursions d’un côté ou
de l’autre de la fréquence centrale de la bande chrominance.
La couleur rouge qui est très
sensible au bruit était très affectée par ce défaut. Le remède est le décalage
de la fréquence de repos vers les fréquences élevées du canal chrominance. On
résout ainsi le problème du bruit pour le rouge mais un inconvénient apparaît.
En effet, si on observe le signal D’B pré accentué et limité de la (figure 23 c) , on s’aperçoit que ce signal présente de
nombreuses pointes qui vont provoquer un shift important et faire ainsi
dépasser du côté des fréquences hautes du canal alloué la fréquence de la sous
porteuse. Il faudrait donc plutôt décaler la sous porteuse vers le bas du canal
chrominance pour retransmettre correctement le signal D’B. Il y a donc
contradiction entre ces deux exigences. La solution